Histoire de la censure [modifier]
Articles détaillés : Blasphème et Autodafé.
Les autorités de l'Église catholique romaine nommaient des censores librorum chargés de s'assurer que rien de contraire à la foi ne puisse être publié. Cette première étape de vérification était sanctionnée par le Nihil obstat (pas d'obstacle à la publication). Une deuxième étape permettait à l'évêque de donner son autorisation d'imprimer (Imprimatur, « qu'il soit imprimé ! »). En 1515 lors du Ve concile du Latran, le pape Léon X, ordonne qu'à l'avenir personne n'ose imprimer ou faire imprimer un livre dans quelque diocèse que ce soit, sans qu'il n'ait été examiné avec soin par l'évêque ou son représentant, sous peine d'excommunication. En 1559 l'inquisition établit l'Index Librorum Prohibitorum, liste de livres interdits aux personnes non averties. Celui-ci perdurera jusqu'au concile Vatican II.
Censure par les autorités civiles [modifier]
En 1534, après avoir été excommunié et proclamé chef de l'Église d'Angleterre, le roi Henri VIII instaure l'obligation d'obtenir une approbation de son conseil privé avant qu'un livre ne puisse être imprimé. Sous le règne d'Élisabeth Ire, le Master of the Revels est chargé d'approuver les pièces de théâtre. En 1662 le parlement anglais vote le licensing act.
Suite à l'affaire des Placards (18 octobre 1534), le roi François Ier qui était jusqu'alors favorable aux idées nouvelles, ordonne la chasse aux hérétiques et promulgue un édit contre les imprimeurs insoumis. En 1629 Richelieu laïcise la censure jusqu'alors sous la responsabilité de l'Église catholique.
Pendant la Révolution française, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 affirme solennellement : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. » (article 10) et « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. » (article 11). En d'autres termes, on peut sanctionner une publication, mais en aucun cas empêcher celle-ci.
En 1810, un décret de Napoléon rétablit officiellement la censure. Suit une succession de suppression et de rétablissement de la censure. Les articles ou dessins censurés étaient alors remplacés par des « blancs ». La censure disparaît officiellement en 1881, lors de la promulgation de la loi du 29 juillet 1881, sur la liberté de la presse. Cette loi confie au système judiciaire l'essentiel du contrôle des informations publiées en France. Ce contrôle s'effectue après diffusion ce qui limite les abus de pouvoirs. Toutefois, la censure théâtrale subsiste jusqu'en 1906.
La censure n'a jamais été officiellement rétablie en France, sauf en temps de guerre, notamment lors des deux guerres mondiales, avec le retour des « blancs » dans les pages. Sous le régime de Vichy, on alla plus loin et la censure devint préventive. Ainsi les directeurs de journaux recevaient-ils de l'autorité compétente des consignes sur les informations à mettre en évidence en première page, à éliminer, ou à réduire à l'état d'entrefilets dans les pages les moins lues (Le Canard enchaîné à ses début dut se débattre contre la censure en adoptant son ton ironique pour la détourner, de nombreux articles, même anodins, étant censurés). Pour la guerre d'Algérie le pouvoir innova et décida de saisir les journaux (notamment ceux qui évoquaient les actes de torture).
Pour la censure en France après 1962, voir plus bas ainsi que l'article détaillé Censure en France.
Censure postale [modifier]
La censure occulte des correspondances a été pratiquée dans toute l'Europe, à partir de l'ouverture des postes royales aux particuliers, malgré la reconnaissance officielle du secret des lettres, et ce par tous les régimes, jusqu'à la fin du règne de Napoléon III (cf. Cabinet noir). La censure postale a cependant été rétablie en temps de guerre par les différents belligérants au nom de leur intérêt national, mais elle l'a alors été de façon ouverte, avec apposition de diverses marques de censure et bandes de fermeture (cf. Histoire postale (Données générales)).
La censure au cinéma
Après avoir affirmé que le cinéma était "un business, pur et simple" en 1915, la Cour suprême des Etats Unis n'a pas toujours respecté ses propos par la suite. Les premiers essais de libre expression au cinéma ont rapidement fait l'objet d'objections basées sur le sexe (un baiser trop long), les convictions religieuses, mais surtout l'influence du message sur le public (par exemple cette scène où des femmes fument en public dans Carmen). Chaque métropole développait son Association de Censure - généralement menée par des membres du Clergé - et discutaient chaque sortie de film avec l'ACLU (American Civil Liberties Union) et les sociétés de production.
Avec le pouvoir grandissant des autorités de censure, de nombreuses discussions se terminaient devant la Cour Suprême, entre cures et producteurs. A partir de 1952, cette dernière fit de plus en plus appel au Premier Amendement, sous l'influence de Tom Clark qui établit une fois pour toutes, que "le pouvoir d'influence du cinéma n'était pas négligeable en effet, mais que cela ne suffisait pas pour lui retirer le droit d'expression".
A partir de 1968, les associations de censure étaient déchues de leurs pouvoirs locaux. La Cour Suprême, quoique lassée de devoir gérer ces nombreux cas, détenait la décision finale. Aujourd'hui, l'industrie du film s'auto-régule avec le système de classement de la MPAA (Motion Picture Association of America). L'idée étant de segmenter l'audience en groupes d'âges (donc d'influence) et de restreindre la portée de certains films à des audiences limitées.
Aujourd'hui encore, on observe des cas isolés de censure forcée, comme cette école du Wisconsin qui barrait l'accès à ses élèves pour La liste de Schindler ou ces films que certains Etats ne peuvent vendre sous le label "Unrated version" (version longue).
Voici donc quelques films que vous n'auriez peut être jamais vu, ou vu avec omissions des dérangeants "cul-bites-couilles", si notre ami Tom Clarke était resté chez lui ce soir de 1968 ...
Amistad
Ce Spielberg nominé aux Oscars a failli être amputé lui aussi. Amistad qui raconte l'histoire d'esclaves noirs enlevés de leurs tribus et importés à Cuba par les Espagnols, est un parfait exemple de l'opposition entre la liberté d'expression et le pouvoir des groupes de pression.
La première scène du film faisant l'objet de la censure montre le groupe d'esclaves se libérer de leurs marchands blancs d'une façon sanglante. L'autorité cinématographique jamaiquaine (composée de 5 membres dont un seul issu de l'industrie du cinéma) refusa le film et exigea la suppression de cette scène "portant trop atteinte à l'histoire des habitants, pour 90% issus d'esclaves Africains". Malgré le bien fondé historique dans le scénario de Spielberg, Jamaiquains et Mormons Americains n'ont jamais vu cette scène. Mais peut-on vraiment comprendre un film, si on lui enlève les 10 premières minutes ?